Aliquid

écriture vaine
interminable
que reste-t-il à dire
rien qui ne s’en explique
le pas d’un squelette
dans l’espace inhabité
la couronne du ciel
longuement s’abîme
une poussière d’œil sec
la solitude de l’univers
ne plus savoir
l’usage du moi
son absence s’écrivant
n’écrivant pas
l’interrogation qui le rature.

Aliquid

Attendre

attendre
l’impression qui s’en donne
froide et mensongère
mortelle peut-être
qu’au fond de mes yeux
autre chose qu’un regard
pût exister
quelque invisible corps
une ombre gigantesque
l’écorchement de l’espace
surface de rien
temple de personne
substance impalpable
une nuit de choses sans visage
des secondes s’épuisant en vain
le moment venu, ce qui ne vient pas.

Attendre

Embrasure

sans que tu ne le remarques

sans que tu ne préfères
le remarquer d’abord

que je me laisse vaincre soudain

par la plus fragile
de tes attentions

nuit qui succombe
à la première blessure de l’aurore

demeurer là, seul
idiotement songeur
pensif peut-être

sans plus rien à penser
pourtant

rien
qui ne subsiste de moi
où je m’apprête à te suivre

déposée par quelque délicate brise
ma chance désormais inutile

et de l’intérieur
écouter cela qui germe
lentement

l’étrange vérité
de ta bouche
si légère qui m’invite

à…

Embrasure

Effleurement

A l’extrémité de mon corps, du toucher de mon corps, le contact de ce qui n’est plus moi, qui n’est toutefois pas encore autre chose, quoique toujours moins que moi, le frottement soudain de cette surface de vide, secrète masse qui m’entoure, démesurément, qui par instant m’effleure, d’exister passant au travers, sûr chaque fois d’atteindre ailleurs ce parmi quoi se perpétue l’emploi de mes mains, le souci du monde, de sa durée hors de moi, de l’espace qu’il complète, présence à jamais manquante pourtant, à jamais inachevée, inachevable même, substance si frêle que la moindre hésitation en meurt.

Effleurement

Sourire

Elle sourit, comme si elle eût voulu noyer son existence dans ce sourire, lequel, à mesure qu’il s’agrandissait, semblait rétrécir le temps et l’espace à l’endroit de sa maigre ouverture, plaie perdue au bas d’un visage, son visage, où d’ordinaire le jour n’éclaire que sa propre absence, sorte de nuit que rien ne prolonge ni n’éveille, sinon cette seule apparence de sourire, soudain se découvrant d’indécis épuisement, lucide et désirable adieu.

Sourire

Contrefaçons

l’extinction du désir

présence désespérée
présence de désespérés

la perte d’un corps
du souffle de ce corps

chair sans plus de droits

la nuit qu’épuise l’absence
de regards
l’un face à l’autre

de polies contrefaçons
quelque belle parole soudain

orpheline.

Contrefaçons

Hésitation

L’inattendu tracé qu’esquissa soudain son visage, le souffle devenu minutieux de sa bouche, elle debout face à moi, de l’autre côté de moi, paraissant étrangement rêver, le regard comme perdu sous d’intérieures et immenses constellations, pleine de ce mince sourire dont s’atténuait peu à peu tout son corps, silencieuse, ainsi que le sont les martyres à l’instant de leur mort, son cœur précipité, aux allures de prière, l’ombre d’un vœu que rien en moi ne saurait exaucer, intenable promesse qui m’ignore, que j’ignore, sa soif d’inconnu, désirante vérité que pas un mot ne prononce.

Hésitation

Convection

elle
plus légère que le ciel

lui
lourd de tout l’orage à venir

et la foudre qui
entre eux éclatant
déjà meurt

pas une larme
n’en contient la tristesse

l’œil perché au-dessus du vide

scrute
l’inconnu qui se dérobe

des mots, désir
le même toujours
où s’achève impossible

le contre-jour des silences
quand

du geste le plus tendre
pourtant se fissure
et se blesse

secrètement un cœur
le temps à peine
pour lui

soudain de battre.

Convection

Initiales

le temps qui
en rongera les os

hors l’abîme où
la vie s’achève

deux noms
livrés
au silence des cimetières

qui se souviendra
qui…

tout
ce que nous
avons su
être

l’éclat du soleil
dans nos yeux
apprivoisé

le parcours d’un sourire
une indolence de couteau

cœur
gravé sur le tronc
d’un arbre

l’équation de nos initiales

à quoi
peut-être
l’univers ressemble

si en lui
ou d’autres poitrines
la même loi

sans fin, se répète.

Initiales

Hypogée

deux yeux qui se ferment

et se laissent engloutir
là où demeure la nuit

rien qui n’ait besoin de nom

cela qui s’oublie
étendues noires
souvenirs d’inconnue

l’échappée d’un visage
en retracer l’origine

comme au ciel
se rappellerait

son propre commencement

des couleurs qui s’avivent
béantes, ici ou nulle part

un regard possible
à l’endroit où
toujours

la lumière manque.

Hypogée