Perturbation 11

Souvent. Il regardait par la fenêtre. Il regardait. Loin devant lui. Par la fenêtre. Le plus loin possible. Il regardait. Et son regard souvent se perdait. Ailleurs. Quelque part. Dans le lointain. Là où rien n’a d’importance. Là où le ciel est un souvenir. Un oubli. Où parfois un oiseau croisait son regard. Inutilement. Il regardait. Là-bas. Quelque chose. Une image. La forme d’une image. De plus en plus lente. Entrant dans ses yeux. Dans l’arrière de ses yeux. D’où cela regardait. En lui. Sans qu’il n’ait besoin de s’en rendre compte. De s’en soucier. Étant là sans avoir à être. Lui. Ou un autre. Juste une vague impression d’exister. Guère plus. D’avoir un corps. De pouvoir s’en servir. Théoriquement. D’avoir appris à le faire. Sans qu’il ne sût jamais pourquoi. Si bien qu’à la place seulement il regardait. Comme égaré dans le détour d’un rêve. Un rêve dont il ne serait pas le rêveur. Un rêve dans lequel il n’aurait rien à faire. Attendant. N’attendant pas. Pareil au silence d’une plante. A la minutieuse évaporation d’une goutte d’eau. A l’extinction progressive de la flamme d’une bougie. Comme si le monde soudain lui avait dérobé ce pour quoi être au monde. L’idée souhaitable d’une cause le précédant. D’un avenir lui incombant. L’événement quelconque d’une pensée. Aussi minuscule soit-elle. Il était comme une pierre posée devant un miroir. Une réflexion morte. Bien que vivant malgré tout. Continuant de respirer dans l’imperceptible mouvement de l’air au travers de ses narines. Parcouru d’intermittentes sensations étrangères. Dont ses yeux cernaient le maigre décor. L’exorbitant gaspillage d’une présence en tout point facultative. Présent de peu de valeur. Présent baigné d’impossibles intuitions. En soi dépourvues de vérité. Ou de mensonge. Manquant de leur propre manque. Et lui regardait. Las. Et par la fenêtre s’écoulait un temps habité par personne. Dans l’espace duquel semblait patienter l’absence irrévocable de toute volonté. De tout appétit. De toute fin. Quand seul un fragile bruit sourd se perpétrait. Que produisait le battement machinal d’un cœur. La pulsation du sang hors d’invisibles veines. Allant et venant le long d’un circuit d’organes dérisoires. Au bout de quoi devait se trouver un cerveau. L’hypothèse d’un cerveau. Qu’une autopsie tardive peut-être contredirait. Découvrant sous cette boîte crânienne une sorte de gouffre. Un genre de béance anatomique. Remplie d’ombres. Peuplée d’apparences trompeuses. De mots sans usage. On dirait de ce crâne qu’il n’était rien d’humain. Qu’en dépit des ressemblances il était autre chose. Une anomalie métaphysique. Un résidu de néant miraculeusement conservé sous l’aspect composite et matériel d’un corps. On se demanderait comment son propriétaire fit pour survivre si longtemps. A ne disposer clairement ni de conscience ni de moi. Mais lui sans doute s’en moquait. Il regardait. Par la fenêtre. Comme souvent il aimait le faire. Il regardait et imaginait que son regard se perdait. Que son regard se détachait de ses yeux. Qu’alors il s’envolait. Dans le ciel. Au-delà du ciel. L’abandonnant lui de l’autre côté de la fenêtre. A l’intérieur de cette pièce si familière que sa silhouette ne s’en distinguait plus. Meuble parmi les meubles. Charpente d’os soutenant un plafond illusoire. A l’endroit où la réalité pèse mystérieusement le moins lourd. Comme surgissant de la fente inexplorée d’une frêle jeune fille. Que la réminiscence de mains maladroites rappellerait au détail d’une première fois. Et le curieux parfum d’un désir de bouche tendre. De murmure incertain. De peau lisse. Où de la sueur peu à peu s’entremêlerait au hasard de caresses. Jusqu’à pénétrer le dedans d’incommunicables cuisses. Et que le souffle des gorges s’accélère. S’enhardisse. S’allitère. Qu’à force l’insolence même de ce souffle se transforme en une manière de cri. D’éclat de chair. D’abord tu. Puis de plus en plus appuyé. De plus en plus ineffable. Et qu’enfin le voile d’un mystère se lève. La secrète enveloppe d’un cœur se déchire. Dans le tressaillement inexpliqué de deux sexes. Suivant l’écho infini de ce geste. Recommencé inlassablement depuis l’origine. Ravivé au pressentiment du moindre contact bienvenu. A la moindre jonction d’un regard propice. Dans la perturbation à peine sensible d’un sourire dépourvu d’habitude. Flottant à la surface d’un visage inconnu. Libre. Heureux. Il regardait. Et regardant ne voyait rien. D’autre que le ciel. Par la fenêtre.

Perturbation 11

Perturbation 10

visage bas+++apparition mendiante+++traîne sur le pavé+++un revers d’existence+++dans l’inattention des passages+++un bout de carton+++pauvrement+++indique l’état de la chute d’où+++guettant+++à l’abri de peu d’orthographe+++l’approche du moindre pas+++lentement se desserre+++l’abîme d’une paume+++immense+++au fond de quoi+++périssant le jour+++éparse+++croule la nuit+++pourtour qu’aveugle+++le regard évite+++sans doute+++craignant de s’y confondre+++chair aussi+++entrelacs d’homme brisé+++à terre+++songe d’utopie manquante+++l’odeur de la faim+++crasse d’haleine pâteuse+++s’abjurant dès l’origine+++le secours d’une main tendue+++intuition dévastée+++révulse l’impatient+++la ressemblance d’un dieu sur la face d’un+++singe+++dignité elle inattendue+++auprès de qui vint le don+++Es gibt+++parole donnée+++Sein in die Sprache+++faut-il le croire ou+++au contraire l’apprendre+++l’inconscience de soi+++est+++la conscience d’un autre+++désir qui le parcourt+++si ainsi se soulève le corps+++par surcroît+++la tête+++détachant la bouche loin du sol+++libère l’espace des mots+++l’hésitation de la voix+++cela qui se demande+++dans la béance des savoirs+++errant encore l’inconnu+++s’apprivoise+++la distance qui+++sépare la vie+++d’elle-même+++avec+++pour comble d’intelligence+++cette manière de+++sourire bêtement+++fuite subtile+++de dents devenues+++trop blanches+++par-delà le silence+++préférable+++d’une bouche+++à l’abandon.

Perturbation 10

Perturbation 9

mouvement de+++la vie+++congruence de+++la merde+++à l’infini+++se multipliant+++l’univers s’imagine+++sorte vaste d’orifice+++lointaine bouche préalable+++elle-même pourvue d’un long tube digestif+++organique substantiation+++transit d’atomes+++corpuscules et poussières+++soubresauts d’une+++supposerions-nous+++congénitale diarrhée cosmique+++d’où+++à force+++surgirait le temps+++réciproquement se chiant+++de l’être+++comme au travers+++d’un trou+++noir gigantesque anus+++contradiction en apparence peut-être+++in principio erat verbum+++voudraient se convaincre certains+++naïve prémisse hélas+++parthénogenèse illusoire+++au commencement+++seule était la faim+++nécessité grossière+++quel besoin de dieu à cela+++l’invention du comestible+++ce qui+++sans même l’usage de dents+++se mange+++se déféquant alors+++une métaphysique d’excréments+++coprophile évidence des choses+++or l’homme de science+++à l’inverse+++ne se prenant guère pour+++de la merde+++n’a lui d’yeux que pour+++sa tête+++celle d’un précieux moi blanc+++de préférence+++le costume serré autour de la taille+++refoulant jusqu’au bruit de ses pets+++poésie élémentaire pourtant+++si l’enfant encore sait en rire+++et encore a le plaisir de+++contempler+++au fond de son pot+++le résultat de sa poussée+++de même que l’animal en lèche+++parfois+++les contours hasardeux+++plus scientifique que de raison+++ajoutant à la panoplie du réel+++cette sensation inattendue+++le goût de la merde+++et à bien y réfléchir+++l’essence secrète de la matière.

Perturbation 9

Perturbation 8

comme un meurtre qui+++dans les rues+++traîne+++sa joie sauvage+++une balade de couteau+++entre les omoplates+++çà et là+++de dociles victimes+++que le jour+++disparu dévoile+++parmi les ombres+++et la foule isolée+++s’ensemencent+++les figures ennemies+++silhouettes propices+++d’incidence rapide+++blitzkrieg+++en cul-de-sac+++l’odeur du mal+++parfume+++l’air+++abrège+++le souffle de l’esprit+++fiction d’atomes+++converse+++ce qui rôde+++dans le cœur des bêtes+++insatiable carnage+++l’avenir est une étincelle+++dynamite en bout de mèche+++éclate+++in extremis+++le calme des silences+++ou la vie malgré soi+++courir+++vent de face+++ou bien+++ventre à terre+++courir+++sans se souvenir où+++courir parce que d’autres+++aussi courent+++après quoi+++lasses indigentes ruées+++marchandises en toc+++attraction vénéneuse+++le réel tremble+++dans les cerveaux+++ vides+++pourcentages disponibles+++eschatologie du zéro+++une image persiste+++celle d’une femme+++nue perversement+++le désir+++lui ressemble+++et la vérité+++tourne en boucle+++autour d’elle-même+++spectacle idiot+++s’emprisonne le regard+++sous le poids des mots+++dehors s’étend un ciel+++dénué de question.

Perturbation 8

Perturbation 7

crache+++le glaire+++noir+++haut poumon+++près du cœur+++tarde+++l’occident+++s’éparpille+++en fumée+++un mégot+++entre les doigts+++va et vient+++va+++et revient+++fluxion longue+++fourbit la gorge+++dans le débris de+++la bouche+++abîme incertain+++cela+++d’où cela parle+++cela aussi+++qui meurt+++l’extinction de l’air+++indifférent soleil+++cime sans ciel+++crépuscule d’étoile+++la nuit tombant+++à l’intérieur+++l’œil lourd+++se dévaste+++en silence+++l’étroitesse d’une pensée+++comme un regard+++perdu+++au fond du regard+++l’écroulement des heures+++veines usées+++salive épaisse+++ce qui rêve+++dans le détour+++d’une aiguille+++soustrayant les envers+++l’oubli+++jonche la surface+++des choses+++glissent+++par-dessous leurs noms+++quelque cendre enfantine+++se soulève+++au passage+++du néant+++et le temps fane+++de l’autre côté des miroirs+++se trouvant là+++vieillis+++des corps+++ne savent plus+++de quoi ils+++sont les corps+++bouts d’univers+++que rien+++à la fin+++n’explique+++image vaincue+++d’immortalité absente.

Perturbation 7

Perturbation 6

Un+++homme est+++à terre+++un homme+++est à terre+++son dos+++courbe+++le sol+++maladroitement+++ses bras+++couvent+++ses tempes+++maladroitement+++ses genoux+++dissimulent+++son ventre+++maladroitement+++un-homme-est-à-terre+++que fait-il++++++la foule+++autour+++se le demande+++anonyme+++faudrait-il aussi+++que je sois+++parmi la foule+++observant+++d’autres hommes+++accourent+++quant à eux+++pieds et poings+++prodigues+++extrémités qui+++s’élèvent et s’abattent sur+++un-homme-est-à-terre+++concentre+++l’attention de+++la foule+++tout autour+++chœur sauvage+++de la bave+++coule+++des lèvres+++attisent les fureurs+++voraces+++soudaines profusions+++musculatures de haine+++ne se retiennent plus+++les coups+++s’emparent des corps+++jouvences cannibales+++monstres+++à visage d’enfants+++affinités meurtrières+++le flair du sang+++facile+++plaisir de+++la chasse+++nue violence+++cela qui s’affaisse+++un os qui se brise+++bout de bois que l’on casse+++sculpture de+++nerf ravagé+++un-homme-est-à-terre+++ne se tendant vers+++lui+++pas une main+++des mécaniques d’yeux+++seulement+++enregistrent la scène+++et moi+++croyant hélas+++hésiter+++bout d’âme+++qui me démange+++quelqu’un doit+++dit Kant+++le puis-je+++non+++ci-gisant+++toute métaphysique des mœurs+++ou formalisme d’écolière+++face à soi+++la mort+++délivrée d’abstraction+++le bruit de+++ce qui a+++mal+++le bruit de ce qui+++fait mal+++des ongles qui+++rampent+++rationalités+++de circonstance+++n’être le héros de+++rien+++ne pas devenir+++soi-même+++proie du bitume+++ramassis d’homme+++tombé+++à terre+++maladresse+++misérable enfin+++détourner le regard+++discrète révolte+++semble-t-il+++une tombe d’inconnu+++pour charognarde conscience.

Perturbation 6

Perturbation 5

se perdant+++dès l’origine+++là parlant+++moi+++l’autre+++en moi+++comme un trou+++dans la+++bouche+++contredit+++cela qui+++se dicte+++hors la langue+++erre+++la langue+++à l’opposé+++se dédoublant+++l’univers métamorphose+++le manque de mots+++en manque de+++mots+++élargit le crâne+++de penser+++déborde+++l’approche+++des choses+++la vue qui pèse+++une mémoire d’enfant+++l’ordre du père+++enracine le mensonge+++présence d’homme+++au fond des rêves+++le visage de+++Dieu+++est+++sans visage+++déguise+++le ressac+++l’oubli+++excrément du ciel+++décolore les souvenirs+++bleus+++regards+++à l’abandon+++ce qui passe+++par la tête+++n’a pas+++de tête+++de la lumière+++seulement+++qu’éteint+++la plus mince+++paroi+++d’une paupière+++enserre+++l’ailleurs dans l’ici+++noir+++soupir+++respiration longue+++l’attente+++des ombres+++spectres de désir+++trouble+++à l’intérieur+++hantant+++le cri+++d’un nouveau-né+++le ventre de+++la mère+++hérite+++du hasard+++sexe de néant+++de la poussière+++remuée+++s’effaçant+++le crime+++la mort toujours+++en retard+++l’exhaustion+++de la vie+++inépuisable+++recommencement+++l’inconnu qui bout+++d’être-moi+++consonance toxique+++infinitif+++croire+++et si+++je+++n’exister pas.

Perturbation 5

Perturbation 4

le corps de+++ELLE+++le corps de+++LUI+++l’encore de+++ELLE + LUI+++au travers de+++cela+++qui sans cesse+++se rapproche+++balbutiant+++le souffle+++déguise+++la main+++cherche+++vers quoi+++se tendre+++rien de+++connaissable+++l’autre+++gisant sous la peau+++l’emplacement+++du désir+++passerelle entre+++deux vides+++s’y démasque+++la chair+++exorbitant+++pâle de l’œil+++muscle feint+++abonde+++le sang+++ralentit le regard+++se dresse+++la chose+++à l’endroit du cœur+++le discours de+++LUI+++discorde de+++ELLE+++et la chose entre+++va+++et vient dans+++l’infini de+++ELLE+++murmure+++le signe de+++LUI+++point de+++non-retour+++se raccourcit+++la chose+++coïncidant+++l’au-delà du ciel+++le couvert des noms+++ELLE+++ou bien LUI+++gouttant+++la sueur de l’orage+++précipice d’oubli+++qu’espéra-t-ELLE+++pour ce que fut+++LUI+++l’aube+++se levant sur+++deux cadavres+++hors l’éternité+++muette+++de dos+++se faisant face+++la même+++étrangeté+++l’invention de+++la nuit+++bêtes obscènes+++ce qui fut joui++++++faute d’amour+++inavouablement+++se rappelle à+++quelque au-revoir+++l’équation inconnue+++ELLE + LUI = ?

Perturbation 4

Perturbation 3

lieu+++l’absence de+++lieu+++la foule+++l’écran de+++la foule+++des regards sans+++croisement+++ce qui se rive à+++l’extrémité de ces+++regards+++sans croisement+++l’illusion+++d’être+++en compagnie de+++semblables mais+++à quoi ressemble+++le semblable+++en l’absence de+++lieu+++autrement que+++soi-même+++contre-sens+++à l’entour s’espaçant+++anonyme+++se montre sans+++visage+++ni chair+++le vacarme d’un+++silence+++dénué de silence+++s’aplatit+++la pensée+++dans l’écran de+++la foule+++se perdant l’agrégat+++des sourires+++la distance entre+++deux bouches+++cela qui+++se préfère+++n’existant plus+++passe à côté+++traverse+++faux mouvement+++la représentation des+++volumes+++est vide+++d’intérieur+++l’écran de+++la foule+++le flux des+++machines+++lieux abandonnant+++croisée d’aucun+++regard+++d’où l’autre+++paraît+++reflet de+++miroir+++soudain complice+++battement de+++cœur+++habitant le lieu+++contredisant l’absence+++secrètement rejoints+++l’ici et maintenant+++vérité promise.

Perturbation 3

Perturbation 2

rien+++la nuit+++rien que+++la nuit+++qui s’enfonce+++jusque+++dans les choses+++jusque+++dans le nom+++des choses+++dévore ce que+++la nuit+++n’est pas+++la clarté+++qui+++demeure dans+++la clarté d’un+++œil+++et tout ce qui+++est la surface où+++le nom des choses+++apparaît puis+++disparaît+++la chose sans+++nom+++et le mouvement de+++la nuit+++qui+++s’enfonce+++sous la surface de+++l’œil tombe+++est-ce encore+++un œil+++quelque chose comme+++un œil+++en lui qui+++se ferme+++à mesure que+++l’image+++déserte+++la vue+++et que+++la matière+++repousse+++la forme+++et le désir+++d’être+++la nuit+++ce dans quoi+++l’œil tombe+++une fosse où+++crève+++le jour+++et l’existence du+++jour+++n’est qu’un+++souvenir de soleil+++la nuit venue+++autrement que+++la nuit+++la moindre des+++choses+++cela qui+++se souvient+++n’étant rien+++que la nuit+++la conscience de+++la nuit+++et le mouvement qui+++dure sous+++la surface de+++l’œil+++à qui+++est-il+++à qui faut-il+++qu’il soit+++demeurant là+++je+++sans substance+++dans l’œil-tombe+++manquant+++la vue qui+++sait voir+++et diffère le jour hors+++de la nuit+++la frontière entre+++le nom+++et les choses+++un mur de+++paupière+++est le je de+++hors la nuit qui+++remplit l’espace+++du dedans+++est+++le je où+++tombe+++l’œil+++dans la nuit+++la présence d’un+++rien+++au contact de+++soi+++à l’endroit de+++plus personne.+++

Perturbation 2

Perturbation 1

des mots+++la bouche+++qui s’ouvre+++se ferme+++la bouche+++de l’air qui+++passe dans+++la bouche+++inspire+++où va l’air+++dans la bouche+++expire+++devient des mots+++dehors est+++une oreille+++entend+++de l’air+++se rappelle+++des mots+++oublient+++la bouche+++et l’oreille+++l’espace entre+++la bouche+++et l’oreille+++des mots+++ce qui+++parle+++ne parle pas+++et l’oreille+++et la bouche+++est dedans+++la bouche+++autre chose est+++la bouche+++et l’oreille+++dehors+++est l’air+++entre et sort+++circule+++par la bouche+++jusque dans l’oreille+++écoute+++qui est celui qui+++écoute+++n’est pas celui qui+++parle+++derrière la bouche+++là où cela+++des mots+++existent+++sur le seuil+++derrière+++la bouche+++s’agite+++le bruit dans la tête+++qui est+++le bruit de+++la tête+++veut+++ne pas être+++le bruit de la tête+++mais la tête+++continue le bruit+++sans oreille pour+++savoir+++le bruit dans la tête+++dehors+++n’est pas+++dedans est+++le bruit dans la tête+++la bouche ouverte+++s’échappe+++comme de l’air+++s’échappe+++d’un poumon+++le bruit dans la tête+++s’échappe de+++la bouche+++devient des mots+++à qui sont+++ces mots+++parle la tête+++se demande+++le bruit dans la tête+++n’a pas+++de mots+++le bruit dans la tête+++vient+++d’avant les mots+++vient+++d’avant la bouche+++vient+++d’avant que cela+++soit venu+++attend+++sur le seuil+++ce qui manque+++d’air+++dans l’air+++le vide+++la place+++d’un mot+++lequel+++est le mot+++lequel n’est pas+++le mot+++le bruit qui passe+++dure dans la tête+++et le mot+++la bouche+++ne sait plus+++quel est le mot+++devant+++être dit à+++l’oreille+++qui dehors+++écoute+++ce qui n’est pas+++le bruit dans la tête+++mais le bruit+++de la bouche+++de l’air+++un creux+++là où manque+++le mot+++un trou+++est l’oreille+++et le trou+++dans l’oreille+++un bruit dans la tête+++autre+++ne sait pas le mot qui+++devant+++ne vient pas+++n’arrive pas+++à venir+++d’où cela vient+++le mot+++celui que+++la bouche ignore+++celui que+++l’oreille incline+++effaçant le bruit+++dans la tête+++naissant+++le calme de l’œil+++à l’intérieur de+++la tête+++une image+++à l’envers de l’œil+++le mot+++est une image qui+++n’est pas le mot+++pourtant le mot+++dit l’image+++naissant+++dans la tête+++effaçant le bruit+++de la tête+++effaçant+++ce que le bruit+++dans la tête+++ne sait+++ comment+++dire.

Perturbation 1

Passage

épave
et l’aube bientôt
sans nulle part
dans la tête
la ville qui dort
bouche close
descelle l’ivresse

s’emporte la nuit
paroles
et mots +++++++++ silence
exige un cœur
au sang qui bat
le rêve ou l’œil
voit
oublie de voir
désire
le reste
l’image
qui demeure
à l’entour
secret d’un nom
passage de l’Autre.

Passage

Spécularité

m’approche de toi
repousse dans ma tête
l’illusion des masques
qui es-tu
qui est toi qui
n’est pas moi
l’usage de la parole
dépouille la chair
image ++++++ le désir
reconnaître en l’autre / soi
ce qui se cache en soi / l’autre
le reflet d’un regard
manquant à qui regarde
l’absence

peaux se touchent
croient le faire
et la mort entre
comme un sexe
seul pressent
où cela vit
attend son heure
toi
que je hésite.

Spécularité

Restes

parole tue
bouche
à bouche
noir
semble le silence
dans le chut des crânes
impassible
l’œil ouvert
que traverse la nuit
du dedans
la plaie
ou l’absence
suinte
le sang des rêves
l’obscène des pensées
un orage qui s’éteint
immense est le désert
derrière soi
ce qui suit, la trace
l’oubli des pas
une horloge
allant à l’envers
souvenir utérin
la jouissance du père dans la mère
le rire lointain des ancêtres
l’ensemencement de la mort
main fermée sur le vide
dehors demeurent
l’attente
et le remous du vent
la peau froide
d’un corps
sans plus besoin de raison
l’éclat du soleil.

Restes

]Humanité[

A l’instant voulu consentir à la perte, au plaisir de la perte, en désirer l’écart, l’échappement, comme soudain l’on se perdrait dans le secret d’une femme, laissant hors de soi logiques et théorèmes de monde meilleur, illusions et chimères d’un quelconque lendemain, foutaises minuscules, de préférence donc vouloir se perdre, de toutes ses forces, dans l’exaltation d’un rire, ou le soulagement d’une larme, à excéder de son seul chef les morales qu’impose l’exigence de succès, le devoir de triomphe, l’obligation de sacerdoce, à refuser sciemment toute idée de victoire, toute nécessité de gain, toute hypothèse de salut, et de Dieu ne se souvenir du nom qu’à contrecœur, porter à la place le fardeau du néant sur ses épaules, insoucieux quant au sort des choses, n’avoir de sens qu’en l’absence décidée de but, devenir progressivement plus noir que la nuit, plus lointain que tout commencement et que toute fin, s’enfoncer dans l’arbitraire d’une inexplicable présence, dans le questionnement d’une vérité dénuée de réponse, ne ressembler à nulle amitié de connue ni de connaissable, se flatter d’une si parfaite dissemblance, que s’en compose l’essentiel du jeu ainsi joué, sa plus mortelle chance, sa plus sauvage propension, l’impossible exactitude de quelque réalité que soit, aussi savante fût-elle, ce qui inattendu décline toute attente, récuse tout confort, délaisse toute promesse, une danse ivre d’homme sans tête, une précipitation d’être sans raison, décroître alors, perpétuant la soif de la chair de l’autre côté du soleil, l’abreuvant d’eaux glaciales, de sueurs boueuses, d’écumes délétères, vivre enfin comme si ce mot n’expliquait plus rien, n’insinuait plus aucune destination, plus la moindre affectation, sinon celle d’une existence vouée à son propre échec, et la conscience en dedans de quelques cellules suicidaires…

]Humanité[

[Humanité]

A tout moment risquer la chute, l’abandon dans le désastre des choses, comme à la faveur d’un mauvais rêve, lâcher prise malgré l’assurance présumée de nos mains, croire se raccrocher au surpeuplement de science qu’exerce l’habitude de nos corps, ces monceaux d’organes inutiles, et les creuses intuitions qu’enflent nos têtes, s’étalent et se dispersent leurs volumes dans l’espace, l’image de leurs volumes, imaginer devoir s’en déguiser, là se dissimuler sous leurs masques complices, à la renverse pourtant sentir en soi s’atténuer les battements d’un cœur, s’appauvrir la circulation du sang, s’altérer la profondeur du souffle, entendre sa voix ne plus avoir de parole ni de langue, peu à peu perdre jusqu’aux ressources du plus calme silence, quand à la surface des visages s’efface l’évidence des sourires, une grisaille de couleurs suspendue à l’extrémité de tout regard, des intentions dépourvues de candeur, soi-même hors d’état d’en affecter aucune, se découvrir seulement pareil à un genre convenu de mécanique intérieure, forme de nudité faite d’air irrespirable, vieille épluchure d’hallucination ancienne, s’y déduisant sans grâce quelque évolution de verticalité trompeuse, ici donc l’alibi médiocre d’un je, charogne d’improbable humanité, guère plus que la dispendieuse conséquence de n’avoir su vivre qu’à l’envers de soi, rétive déception hélas…

[Humanité]

Éblouissement

le regard qui se dénude
l’œil sans plus d’usage
une soif de présence pure
la béance des choses
ici
s’écarquille
dans le vide des mots
aveugle
le soleil brille
consume l’idée
de soleil
la vérité est
cette rétine qui brûle
dessillement du jour
dans le contrechamp du ciel
une cicatrice d’ombre reçue
en pleine lumière.

Éblouissement

Agrypnie

par-dessus les toits

la lune

ruse de fragile poème
perce l’endroit de la nuit
où l’obscurité repose

loin de l’autre côté
ce qui demeure
dans le silence des yeux

la ville endormie
hantée nébuleuse
rêve, houleux parage

l’insomnie d’un crâne
qu’use l’inanité des heures
une immobile horloge

la lune

par-dessus les toits.

Agrypnie

Thabor

au centre du parc
il y a
une volière…

au dessus d’elle
suspendu
le ciel

comme exagérant
l’étroitesse de la cage


battant lourdes ailes
s’ignorent

verticale et hauteur
arbre et feuillage

ici
la vie
n’a plus d’envol

que d’envergure infirme

toute prison s’érige
de métaphysique
contre nature.

Thabor

Civilisation

lente main, crasseuse, laide, noire, chair des origines, nerfs épais, os soudains, à la verticale, le corps s’éloigne du sol, s’auréole de jour vain, épuise sa position d’organes dressés, rêve, transforme l’air en moins que de l’air, une respiration de bouche hasardeuse, redouble le bruissement du monde, des mots, comme surgis de nulle part, l’espoir érectile d’un sens, se dérobant à la vie, au sang qu’elle ignore, les sexes sourds, seuls, viande dans la viande, le reste n’est que mensonge, apprivoisement d’œil et d’oreille, seconde nature.

Civilisation